Conte statique

Publié le par enviedhautdela.over-blog.com

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Je n'ai pas su nommer l'amour

 

Elle se réveille, secoue son bras, pleure. Elle a des crampes, elle a mal. Tout a changé sauf ce qui constitue son être, enfin peut-être. Peut-on être abandonnée à seize ans? Elle se sent délaissée et elle manque de tout.

Je n'écrirai pas ce qu'elle entend au dehors. Il y a tant de personnages à comprendre par livre que je n'ajouterai pas de difficulté. Je lui parle:

 

« Il faut que vous vous leviez.

- Je ne veux plus vivre de malheurs.

- Il en sera toujours ainsi si vous voulez exister. Acceptez-le.

- C'est mourir que je ne veux pas. Croyez-vous qu'on peut mourir d'amour?

- Mais qui aimez-vous?

- La nostalgie... Elle seule réussit à me mentir au point de transformer mon passé en trésor. Au fond, je n'ai vraiment rien perdu mais je me morfonds.

-Vous n' avez plus le courage de gagner. Je vous plains, ma pauvre amie. »

 

Quand j'ai commencé ce récit, je voulais te faire croire que mon personnage profitait de sa destinée et t'éblouir devant ses sentiments. Je lui ai attribué une vie que tu  n'auras jamais pourtant tout cela ne lui suffit pas. La voici atteinte de la maladie du temps.

C'est cette impression d'être étrangère qui la pousse à l' hyperbole. A n'importe quel endroit et n'importe quel moment, les souvenirs la brûlent, le regard transperçant des autres aussi.

 

Pour commencer son squelette, j'ai balancé des mots auxquels je veux qu'elle corresponde et j'ai composé. Mais ces termes recouvrent trop de choses pour qu'elle colle à chacun d' eux. Je croyais ne pas être douée; c'est la maladie du temps.

Je ne parviens plus à créer une existence à la fois harmonieuse, à la fois crédible, et surtout intéressante. La vie n'a plus assez de couleur pour peindre des portraits et mon livre est fade.

 

Si tu ne veux plus le lire, je le conçois mais je dois continuer mon récit pour ceux qui ne s' intéresseraient pas à mon récit mais à son auteur. C'est de mes expériences dont je voudrais vous parler.

 

Mon personnage se lève. Je l'ai nommé Léti, comme Laetitia mais en plus affectueux. Elle est belle avec ses longs cheveux blonds et ses yeux bridés. Aujourd'hui, elle pleure à la mort mais la grâce ne l'a pas quittée malgré son nez qui coule, ses suffoquements et ses délires noirs.

 

Elle interprète toute son histoire, de manière injuste, comme si le monde était mauvais; et elle le sait, elle se ment. Parce que sa beauté est indestructible, elle se permet de perdre du temps dans un caprice solitaire. Oh non! Elle ne pleure pas d'amour! Elle ne sait pas ce que c'est. Elle voudrait simplement rêver mais elle est trop lucide.

 

La vraie victime dans tout cela, c'est Aurélien. Lui se trouve vilain et, quoique intelligent, rejeté. Il se sent déjà homme mais ses débuts d'ailes sont brûlées, il ne le sera jamais. Point de liberté pour un adolescent de seize ans et c'est pour cette raison que Léti l'a quitté. Il n'avait rien d'autre qu'une âme sanglante, saignante, tremblante à lui offrir. Aurélien a encore besoin d'elle pour exister. Dans son regard il se sent fort. Et puis, quand elle est dans ses bras et il est admiré de tous. Voilà ce qu'il désire plus que tout, voilà ce qui le déchire chaque nuit mais Léti n' aime pas les anonymes quand ils sont passionnés.

 

 

A suivre.

 

superstickies 

 

Publié dans Nouvelle 1

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Bleaker 04/12/2010 01:53


c'est triste, tragique ; ton texte m'a chamboulé, alternant entre désespoir amoureux et volonté de partage, don de confiance et désir pathétique de consolations cathartiques


enviedhautdela.over-blog.com 07/12/2010 17:50



Tout s'explique mais on n'y échappe pas toujours pour autant.


La force mental, est-ce le but de la vie?